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Tigre, mon copain de la ville de Fac.

(j'ai dû voir Lunes de Fiel à l'époque et trouvé que c'était un chouette surnom.)

Et puis ça lui allait bien. Il était massif, beau gosse, fort, les yeux clairs. Un bassiste dans un groupe de metal hardcore. (les guitaristes, comme les chanteurs, sont d'horribles branleurs narcissiques; les batteurs -comme tout le monde le sait- sont des crétins. Moi j'aime les bassistes. Ils sont dans l'ombre mais ils tiennent la structure.)
(mais bon, toutes ces théories, c'est pour de rire)

C'est l'été. Je lis Bukowski et les nouvelles érotiques d'Anaïs Nin.

Est-ce dû à ma fraîche blondeur? Mais je me prends en pleine gueule le sexisme ambient. Un gars, à une soirée avec mon futur Tigre, après avoir causé avec moi de choses et d'autres, comprend soudain que je ne fais que discuter avec lui et me sort "mais pourquoi tu parles avec moi si tu veux pas sortir avec moi? Tu me fais perdre mon temps." ou pire "t'es une allumeuse". J'en reste estomaquée.

Tigre et moi on passe l'été de longues journées à faire l'amour jusqu'à ce que ça brûle. Il me dit des choses magnifiques sur mon visage, ma bouche, mon corps. Quand il me regarde j'ai l'impression de me liquéfier. Je suis épanouie sexuellement, c'est une découverte pour moi. Quand il murmure "je crois que je suis amoureux", je fonds.

A Tigre je me confie un peu, je lui parle des mecs qui me parlent mal dans la rue comme si j'étais une pute; il me console. Ca me surprend un peu, pas l'habitude.
On sort boire des bières en terrasse, on regarde la télé, on fait l'amour.
On parle musique, on écoute des tas de vieux groupes punk sur cassette, screeching weasel.
Je lis les fanzines des groupuscules punk-hardcore qui traînent dans sa chambre.
De longues journées dont on ne se lasse pas.

Quand Tigre part en vacances chez son père, je reprends mes soirées entre potes. Dormir avec J. On ne dort pas vraiment, on discute.
J et mes grands frères, et mes nouvelles copines, et les anciennes qu'on avait pas vues beaucoup de l'année. Je crois que je ne pourrais pas être plus heureuse. On se tape l'incruste dans des soirées, on rencontre plein de monde tout le temps, on sort, on boit, on dort n'importe où.

Un soir on finit chez J à dormir à 5. Ya des sacs de couchage et tout, et il y a C qui redevient collant. Et J, visiblement fin pété, qui me propose de dormir avec lui. Je boude dans mon coin. Au bout d'une heure quand tout le monde dort comme des morts, je me glisse auprès de lui, et je me rends compte que j'aime son odeur, que je m'y suis habituée. Une odeur personnelle mélangée à une odeur d'alcoolique, c'est l'odeur de mon papa. Nous sommes des chats, lui et moi. 
Je me rends compte que l'odeur de Tigre ne me marque pas comme ça. Je crois qu'il ne sent rien, ou alors une odeur neutre, qui ne m'évoque rien. Et puis, il n'a pas la même morphologie, il n'a rien d'un chat; plutôt un ours.

Tigre revient de vacances, il est un peu distant, je suis un peu distante. Parce que J s'est fait larguer et qu'il est donc libre, et il me fait bien comprendre que c'est à moi de décider. Je me rends compte que je commence à parler de moi comme d'une pute, c'est la blondeur, et les kilos que j'ai pris. Je sens que je dois prendre une décision. Mais au-delà de ça, il y a un malaise qui s'installe en moi, une sorte de masochisme peut-être. Tigre ne me dit plus de jolies choses. Il me raconte qu'en vacances il a vu des shows des stars du X. Il fait ses soirées entre potes, il me décommande pour voir ses potes. Il ne veut pas m'emmener aux concerts de hardcore parce que je suis une fille. A l'époque je n'ai pas encore toute la réthorique pour y répondre.
Mais avec mes potes à moi, je sais qu'on a fait des soirées sûrement aussi violentes. Seulement, je suis la pote des mes potes. Alors que là, je suis la "petite copine". La pétasse. Un jour il m'appelle "ma petite pétasse". C'est censé être affectueux. Je me sens rabaissée, et je n'arrive pas à lui faire comprendre. Tout ce que je dis ça le fait sourire, comme s'il pensait "oh c'est mignon ma petite pétasse qui fait sa crise de blonde".  

Je commence à être très malheureuse. Mais je veux continuer à y croire un peu, pour les jolies choses qu'il disait au début, parce que je suis perdue et que j'ai besoin d'avoir une raison.

Septembre. Les examens de rattrapage. Je me trompe d'horaires à un des partiels, j'arrive quand tout le monde sort. Absente à une épreuve, ça veut dire recalée d'office.


A un autre partiel je reste figée devant la porte. Je n'entre pas, je fais demi-tour et vais à l'improviste chez Tigre, en espérant être consolée, ou je ne sais quoi; mais il est avec un de ses potes et visiblement je les dérange dans leur glandouille.
On ne se parle même plus, on ne fait que baiser, et sans grande conviction de ma part. Je suppose qu'il en profite. Je m'en rends compte mais en même temps j'ai besoin de me raccrocher à lui; quitte à ne faire que baiser.
Quand je veux le prendre dans mes bras je me rends compte que je l'embarrasse, que je le dérange. Ca y est, ça sent la fin.

Les jours, les heures qui précèdent avant d'être quittée. Ce sont les plus douloureuses. J'ai piqué un livre chez lui avant de partir -je me doute que ce sera peut-être la dernière fois, alors lui emprunter quelque chose, pour avoir une excuse pour qu'on se revoie quand même...(ce livre je l'ai toujours. Ou je l'ai revendu quand j'ai eu besoin d'un peu de monnaie.)

Je le lis dans le lit de mon frère, le lit en hauteur. En écoutant Souchon, quand jserai ko. Je pleure un peu. "Je crois que je vais me faire larguer".

Et puis le fameux coup de fil tant redouté. Tigre dit qu'il n'est plus amoureux de moi, qu'il vaut mieux qu'on fasse une pause. Je ne me souviens plus bien. L'adrénaline grimpe, je n'écoute plus vraiment, je l'engueule, sûrement. J'ironise: " ouais c'est ça vaut mieux qu'on fasse une pause".
Je raccroche, je pleure de rage.

C'est la première fois que c'était aussi bien avec un mec. Et c'est aussi la première fois qu'on me largue.

Le coup de fil tombe un Jeudi; le soir même j'appelle ma meilleure amie, celle qui me connaît depuis le plus longtemps, et qui sait ce qu'il faut faire dans ce cas-là.

Sortir.

Ecrit par muah!, le Samedi 24 Octobre 2009, 03:23 dans la rubrique "Actualités".


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